En quoi le racisme systémique se distingue-t-il du racisme individuel?
Le racisme individuel est facile à définir. Il intègre les notions de préjugés, de partis pris implicites (croyances ou attitudes inconscientes découlant des messages et stéréotypes que nous absorbons de notre milieu), ainsi que les actes racistes. Ces croyances individuelles peuvent se manifester par l’opposition au mariage mixte, la conviction que les Noirs ressentent moins la douleur que les Blancs, le refus que des personnes autochtones, noires et de couleur (PANDC) résident dans votre quartier ou le refus d’admettre que les inégalités reposant sur la race sont avérées et problématiques.
Le racisme systémique consiste en un ensemble de décisions, de lois ou de politiques prises, promulguées ou instaurées par un gouvernement ou par le pouvoir en place qui attribuent un certain nombre de droits et de privilèges à un groupe ethnique tout en refusant d’accorder ces mêmes droits et privilèges à d’autres groupes de la société. Parmi les systèmes concernés figurent l’éducation, les soins de santé, la justice, les lieux de travail (pratiques d’embauche et écarts de salaire), les médias et le secteur du divertissement.
Un individu peut ne pas se considérer comme raciste tout en bénéficiant de systèmes conçus pour avantager les personnes de race blanche. Le terme privilège décrit les avantages dérivés du simple fait d'être une personne blanche.
Peut-on citer quelques exemples de privilège blanc et de racisme systémique?
Dans son célèbre essai intitulé « White Privilege: Unpacking the Invisible Knapsack »(1) , Peggy McIntosh présente un certain nombre d’affirmations de privilèges facilement tenus pour acquis qui mettent en évidence plusieurs politiques établies qui sont sources de racisme systémique. Les affirmations suivantes, sur lesquelles la plupart des PANDC ne peuvent pas compter, démontrent l’existence d’un racisme systémique :
Si je devais déménager, j’ai la quasi-certitude de pouvoir louer ou acheter un logement dans un quartier abordable et dans lequel je souhaite vivre.
- Je peux affirmer avec quasi-certitude que mon voisinage sera neutre ou sympathique à mon égard.
- Je peux allumer la télévision ou regarder la couverture du journal et constater qu’un grand nombre de personnes de ma race y sont représentées.
- J’ai la certitude que mes enfants recevront du matériel pédagogique qui atteste de l’existence de leur race.
- Je peux facilement acheter des affiches, des cartes postales, des livres d’images, des cartes de vœux, des poupées, des jouets et des magazines pour enfants où des personnes de ma race sont représentées.
- Je n’ai pas besoin d’enseigner à mes enfants les risques que le racisme systémique fait peser quotidiennement sur leur intégrité physique.
La D re Hadiya Roderique, une écrivaine, conférencière et consultante résidant à Toronto, a traité dans ces écrits du racisme systémique auquel les Noir.e.s sont confronté.e.s. En plus de craindre pour sa santé si elle venait à tomber enceinte, elle a peur que la vie de son enfant soit marquée par les risques et les déceptions au seul motif qu’elle est une personne de couleur(2). La Dre Roderique a évoqué son inquiétude d’être une femme noire dans un système médical qui n’accorde pas de valeur à la santé des Noirs. Les femmes noires sont davantage susceptibles d’accoucher prématurément(3). En outre, les femmes noires non hispaniques sont celles qui courent le risque le plus élevé de mortalité liée à la grossesse(4). Un sondage réalisé récemment auprès d’étudiantes et d’étudiants en médecine blancs a montré que 40 % d’entre eux pensaient que la peau des femmes et des hommes noirs était plus épaisse que celle des femmes et des hommes blancs. En outre, 21 % d’entre eux pensaient que le système immunitaire des femmes et des hommes noirs était plus performant que celui des femmes et des hommes blancs et que les Noir.e.s vieillissaient moins vite que les Blanc.he.s.
Les inquiétudes que ressentent les mères noires et hispaniques quant aux discriminations auxquelles leurs enfants à naître seront exposé.e.s peuvent entraîner des problèmes de sommeil, des inflammations ou d’autres répercussions négatives sur la santé de leurs bébés. Il s’agit là d’un exemple de transmission intergénérationnelle de discriminations(5) créée dans une société où persiste un racisme systémique.
Le racisme systémique existe-t-il au Canada?
Les statistiques citées ci-dessus reposent principalement sur des recherches menées aux États-Unis, mais, dans de nombreux cas, elles s’appliquent aussi au Canada. Nier l’existence d’un racisme systémique au Canada constitue en soi un acte de racisme systémique. Les territoires des États-Unis et du Canada sont tous deux le fruit de la colonisation et les deux pays ont des antécédents d’esclavagisme. Le Canada ne diffère pas tant que ça des États-Unis et le racisme systémique existe au Canada. Les pensionnats amérindiens suffisent à l’illustrer.
Des années 1880 aux années 1990, les pensionnats ont incarné la tentative d’assimiler les enfants autochtones. Plus de 150 000 enfants autochtones ont été enlevés de force à leurs familles pour intégrer ces internats financés par le gouvernement canadien et gérés principalement par l’Église catholique. Ces internats ont dépouillé les enfants de leur patrimoine autochtone et de leurs compétences traditionnelles en matière de subsistance et les ont formées à des tâches subalternes. Les effets intergénérationnels des pensionnats autochtones continuent d’affecter la santé physique, émotionnelle, spirituelle et mentale des survivantes, de leurs enfants, de leurs petits-enfants et de leurs arrière-petits-enfants(6).
On peut également citer l’exemple des ouvriers chinois venus au Canada pour travailler sur le chemin de fer de la Canadien Pacifique Limitée et qui sont morts en grand nombre pendant les travaux. Par la suite, une fois le chemin de fer terminé, le gouvernement canadien a instauré une « taxe d’entrée » qui ne s’appliquait qu’aux immigrants chinois. Pendant la Seconde Guerre mondiale, 20 000 Japonais (dont un grand nombre étaient citoyens canadiens) ont été placés de force dans des camps d’internement à la suite du bombardement de Pearl Harbour en décembre 1941. Le gouvernement a vendu leurs maisons et leurs entreprises pour financer leur internement.
Les PANDC restent confrontées au racisme systémique dans l’accès aux services de santé et d’éducation, sur leur lieu de travail, au sein du système judiciaire et dans leurs pratiques culturelles.
Comment puis-je vivre l’esprit en paix lorsque je suis confronté au racisme?
Vivre le racisme au quotidien est un lourd fardeau qui peut être épuisant pour les PANDC et qui peut avoir des effets négatifs sur leur santé 7. Faire face au racisme individuel au sein de sa communauté ou sur son lieu de travail, en plus du racisme systémique structurel ambiant, peut devenir épuisant, en particulier lorsque des récits individuels de racisme apparaissent quotidiennement dans votre fil de nouvelles ou sur les réseaux sociaux que vous consultez.
Ce n’est pas un fardeau qu’une personne devrait porter seule. Il appartient certes à tout un chacun de participer à la solution et d’œuvrer au démantèlement du racisme systémique et des partis pris, mais les PANDC qui font face au racisme ont parfois besoin d’être soutenu.e.s.
Voici plusieurs façons d’atténuer les effets psychologiques et physiques néfastes du racisme :
- Parlez à des allié.e.s en qui vous avez confiance. Parler du racisme auquel vous avez été confronté.e peut évacuer le stress, la colère et la frustration que vous ressentez.
- Entourez-vous de proches en qui vous avez confiance. S’appuyer sur la famille et les ami.e.s pour obtenir du soutien peut aider à réduire les pensées et les sentiments négatifs.
- Consulter une spécialiste peut vous aider à surmonter les pensées et les sentiments difficiles ou négatifs.
Comment puis-je soutenir mes ami.e.s et collègues autochtones, noir.e.s et de couleur?
Offrez-leur votre soutien, mais évitez de leur prodiguer des conseils ou de minimiser leur expérience en les comparant aux vôtres. Si l’actualité fait état de meurtres, de violences à l’encontre de personnes marginalisées ou de traitements injustes, évitez de leur demander ce qu’ils en pensent et n’attendez pas d’eux qu’ils vous associent à leur deuil. À la place, continuez de vous éduquer et d’œuvrer au démantèlement des politiques qui appuient le racisme systémique.
Références
- McIntosh, P. (1989) White privilege: unpacking the invisible knapsack. Peace and Freedom.
- Roderique, H. (2020, September 12). Can I be a Black mother in a world so dangerous to Black children? Globe and Mail. Retrieved on April 26, 2021 from https://www.theglobeandmail.com/opinion/article-ca…
- Kirby, R.S. (2016) Race and preterm birth rates in North America. CMAJ. Retrieved on April 26, 2021 from https://www.cmaj.ca/content/188/1/13
- Centers for Disease Control and Prevention. (2020, November 25) Pregnancy mortality surveillance system. Retrieved on April 26, 2021 from https://www.cdc.gov/reproductivehealth/maternal-mo…
- Colen, C.G. et al. (2020). The intergenerational transmission of discrimination: children’s experiences of unfair treatment and their mothers’ health at midlife. Journal of Health and Social Behavior. Retrieved on April 26, 2021 from https://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/00221…
- Allan, B. and J. Smylie. (2015) First peoples, second class treatment: the role of racism in the health and well-being of Indigenous peoples in Canada. The Wellesley Institute, Toronto.
- University of Southern California (2019, May 31) Racism has a toxic effect: study may explain how racial discrimination raises the risks of disease among African Americans. ScienceDaily. Retrieved on April 26, 2021 from https://www.sciencedaily.com/releases/2019/05/1905…